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L'Europe du tout anglais?

 L'Europe du tout anglais ? Un défi pour la politique des langues


Robert Phillipson

English-only Europe?

London and New York: Routledge, 2003

 

1. Quelles défis pour la politique des langues en Europe?

Les langues jouent un rôle central dans l'intégration Européenne actuellement en cours. La façon dont l'Union Européenne et ses États Membres gèrent le multilinguisme, a de graves répercussions sur les individus, les États, et les relations internationales.

La mondialisation, la construction européenne et l'anglais modifient l'emploi des langues dans l'Union. Il est raisonnable de penser que toutes les langues européennes sont en voie de provincialisation.

Ce livre dresse l'historique de la diversité linguistique en Europe et explore comment le progrès de l'anglais modifie l'économie, la science, la culture, l'éducation et la politique. Il explique la politique du multilinguisme (via la traduction et l’interprétation) dans les institutions de l'Union. Au fur et à mesure que l'Union s'étend à d'autres états, le défi posé par l'utilisation de nombreuses langues s'aggrave. En dépit des discours prônant l'égalité entre les langues officielles ou de travail, actuellement au nombre de vingt, le français jouit toujours d'un statut spécial au sein des institutions de l'Union, statut que l'anglais menace actuellement. Le sujet des droits linguistiques est tellement délicat que l’on a tendance à l'abandonner aux forces du marché.

Ce livre propose des critères permettant de conduire une politique linguistique en Europe en maintenant une large diversité. Quarante-cinq recommandations sont formulées, concernant les infrastructures nationales et internationales, la réforme des institutions européennes, l'apprentissage des langues et les besoins de la recherche. L'égalité entre les locuteurs de langues différentes est essentielle si l'Europe veut se responsabiliser politiquement et démocratiquement.


2. Pourquoi les langues sont-elles si importantes?

Les axiomes d'une politique des langues.

1. Le langage est le dépositaire de l'expérience humaine.

2. L'identification à une langue est centrale pour la vie culturelle.

3. L'intégration européenne se réalise au moyen du langage.

4. Les lois, les conventions, les négociations dépendent de la précision du langage.

5. De nombreux concepts ont des significations différentes dans langues différentes.

6. La plupart des personnes formulent mieux leur pensée dans leur langue maternelle.

7. Ceux qui s'expriment dans leur langue maternelle ont un avantage certain sur ceux qui ne s'expriment pas dans leur langue.

8. La croyance que l'anglais est une langue neutre est fausse.

9. La traduction et l'interprétation sont vitales, mais ne peuvent réussir que partiellement.

10. Toute forme de discours publique présuppose une communication juste et équitable.

11. L'idée qu'on a besoin d'UNE SEULE langue de communication en Europe est fausse.

12. Un multilinguisme véritable peut contrebalancer le déficit démocratique en Europe.

13. Une ‘société du savoir’ se construit sur la diversité linguistique.

14. Les systèmes éducatifs normalisent la forme de la langue écrite ou parlée.

15. La plupart des États du 19me et 20me siècle ont préconisé l'unilinguisme.

16. L'éducation, les affaires publiques ou privées s'effectuent très bien en plusieurs langues.

17. La plupart des personnes dans le monde sont capable de s'exprimer en plusieurs langues.

18. Certains droits linguistiques sont des droits de l'homme.

19. Les droits linguistiques sont importants, car langue et pouvoir vont de pair.

20. La globalisation et la technologie peuvent s'utiliser pour promouvoir ou éliminer des langues;

21. Les langues peuvent servir à la fois pour unir ou diviser.

22. Les différentes langues et cultures sont précieuses en elles-mêmes.

23. Les langues et l'attitude vis-à-vis des langues sont profondément personnels.

24. Les espérantophones sont convaincus que l'espéranto pourrait servir à renforcer toutes les langues.


3. Comment le livre de Phillipson aborde-t-il ces questions?

Le livre se compose de six chapitres:

1. Les risques des politiques du "laissez faire".

2. Les langues européennes: familles, nations, empires, états.

3. Tendances globales ayant un impact sur la politique linguistique européenne.

4. Les langues au sein des institutions de l'UE.

5. Vers une communication équitable.

6. Recommandations pour un plan d'action concernant la politique linguistique.

Chaque chapitre est présenté par quelques courtes citations provocatrices qui soulèvent les questions clefs. La section finale du livre contient une partie des principaux documents officiels, des références bibliographiques et un index.

 

4. Résumé par chapitre.

1. Les risques des politiques du "laissez faire".

Dans une ample introduction, le livre pose la question de savoir si l'utilisation accrue de l'anglais sert à unir ou diviser l'Europe. Il cite des exemples de discrimination et des dispositions que plusieurs gouvernements européens ont adoptées pour consolider leur langue. Il fait référence aux données de l'Eurobaromètre sur la compétence dans la langue maternelle et les langues étrangères, rend compte des mesures pour renforcer l'apprentissage des langues et analyse les défis et les forces en présence. Il explique et donne des exemples de sources variées.

Il conclut par des exemples issus de la presse mentionnant les politiques linguistiques. Typiquement, cela survient lors d'une crise politique, quand un gouvernement pressent que sa langue souffre de discrimination. Malheureusement, la couverture journalistique des principes qui sous-tendent les politiques linguistiques européennes sont souvent inexactes. Ce chapitre défend l'idée qu'une politique linguistique plus volontariste, plus explicite, est nécessaire.

 

2. Les langues européennes: familles, nations, empires, états.

Le mythe de la tour de Babel est analysé au regard des références bibliques, et notamment l’expression « notre pain de ce jour », dans ses variations dans la forme et la signification selon les  les langues. L'origine de l'Europe, comme concept géographique et politique, est retracée jusqu'à l'indo-européen, le finno-ougrien et d'autres langues. L'héritage commun du christianisme, latin et grec, est présenté, ce qui conduit à analyser les similitudes et différences entre l'usage de l'anglais et du latin autrefois. Le nationalisme contient une dimension linguistique, souvent liée à une idéologie de supériorité linguistique, une idée fréquemment associée au français. Mais privilégier une langue, comme ce fut le cas pour le serbo-croate en ex-Yougoslavie, ne garantit pas l'harmonisation politique ; la manière dont l'anglais se propage engendre des risques. L'identité linguistique est une force considérable. Des identités linguistiques supranationales sont en train de prendre forme. Quand l'UE fut fondée, un des motifs principaux d'intégration des économies était d'éviter la résurgence d'une guerre. L'égalité entre les langues des États membres, initialement le néerlandais, le français, l'allemand et l'italien, fut établie. Cela signifie que le droit européen est promulgué en toute légitimité, dans toutes les langues officielles. Que ces textes aient la même signification dans toutes les cultures est un fait discutable, en raison d'une perception du monde différente dans chaque pays, avec son système juridique et ses traditions propres. Ainsi, « l'État de Droit » fait partie de notre expérience culturelle européenne, mais le terme est interprété différemment selon les contextes.


3. Tendances globales ayant un impact sur la politique linguistique européenne.

Le multilinguisme s'étend de plus en plus, notamment grâce à ce qu'un nombre croissant d'européens utilisent activement l'anglais comme langue étrangère. Les facteurs qui ont contribué à une utilisation accrue de l'anglais, ou à une inertie dans l'adoption d'une politique linguistique, sont analysés dans un tableau de 15 entrées, dont 10 sont des critères structurels et cinq idéologiques ou comportementaux.

Certains facteurs sont liés à l'offre (investissements anglo-américains), d'autres à la demande (investissements pour l'apprentissage de l'anglais dans les écoles). L'expérience concernant la politique linguistique du Canada, de l'Australie et de l'Afrique du Sud est utilisée, pour montrer que la gestion du multilinguisme est profitable quand les objectifs sont bien explicités. Le chapitre se divise en quatre sous-sections, le commerce, la science, la culture et l'éducation, avec moult exemples des processus en cours pour chacune et une analyse des conséquences à craindre quand un des domaines traditionnellement occupé par des langues nationales (Finnois, Allemand et Suédois par exemple) sont conquis par l'anglais . Les initiatives clefs de l'UE pour renforcer la connaissance des langues, particulièrement dans l'enseignement général, sont exposées. Ces dispositions sont la charnière entre les recommandation élaborées et acceptées au niveau supranational, et leur mise en place selon les objectifs et stratégies au niveau national.

 

4. Les langues au sein des institutions de l'UE.

Ce chapitre traite en détail comment les services de traduction des institutions européennes sont organisés et à quels coûts. Il explique aussi comment fonctionnent les services d'interprétation et analyse les concepts de langue officielle et de langue de travail. Il cite la Règle 1, la Charte de Langues de l'UE. Il reprend certaines études expérimentales sur l'usage des langues et les comportements à leur adresse. Il analyse de nombreux problèmes sources d'inefficience, explique comment l'anglais remplit maintes fonctions que le français remplissait jadis et considère les autres solutions envisageables à la hiérarchie actuelle des langues. Le système le plus complexe au monde de traduction et d'interprétation a été élaboré durant le demi-siècle passé, avec ces services comme fer de lance de la politique du multilinguisme et des développements technologiques en langues. Cependant, le système actuel souffre d'insuffisances et subit des pressions pour réduire ses coûts. Il est important de bien distinguer les besoins d'une part de ceux qui travaillent pour l'UE, les parlementaires, et d'autre part le citoyen et la législation. Le système n'a jamais fait l'objet d'un audit général.


5. Vers une communication équitable.

Comme base d'une politique linguistique plus volontariste, ce chapitre résume les données factuelles de l'étude et les expériences de plusieurs pays. Il identifie les objectifs poursuivis par les politiques linguistiques et les nombreuses variables qui influent de façon probante sur la politique linguistique. Il dresse des parallèles entre économie et langage, et relie ceux-ci aux investissements consentis pour l'apprentissage des langues et au rôle de l'industrie de l'enseignement de l'anglais britannique. Il explique quels droits linguistiques sont considérés droits de l'homme, en s'inspirant du travail de l'OSCE, du Conseil de l'Europe et de l’ONU, en défendant les droits des langues minoritaires. Il résume un certain nombre de procès plaidés à la Cour Européenne de Justice sur la question des langues. Ces procès ont permit de clarifier dans quels cas le multilinguisme absolu n'est pas requis dans le fonctionnement d'une institution de l'Union et les exigences des États membres demandant que des produits soient décrits dans une langue particulière. Plusieurs dimensions de la politique linguistique sont rassemblées et mettent en compétition deux conceptualisations du monde moderne, le paradigme de la Diffusion de l'anglais et celui de l'Écologie des Langues. Un des aspects de cette problématique traite de savoir si l'anglais fonctionne actuellement comme ‘lingua franca’ et de ce fait n'obéit plus aux normes de ses locuteurs natifs. Une analyse d'une interview de la BBC montre comment la communication entre un locuteur nativement anglophone et un non-natif, peut être asymétrique et foncièrement inéquitable. Un moyen d'insuffler plus de justice dans les affaires internationales est d'utiliser une langue neutre. L'espéranto, par exemple, est une langue vivante pour ceux qui ont choisi de l'apprendre et de l’utiliser, et pourrait contribuer à atteindre les objectifs de multilinguisme que l'Europe embrasse et renforcer l'égalité entre des locuteurs de langues différentes, tout en faisant des économies.


6. Recommandations pour un plan d'action concernant la politique linguistique.

Le chapitre final insiste sur le fait qu'une politique linguistique de l'Union doit être fondée sur des réalités socio-linguistiques, en matière de coûts, de faisabilité, d’efficience et de volonté politique. Il esquisse les scénarios les plus pessimistes et les plus optimistes, et plaide pour que les États membres et l'Union prennent la problématique des langues beaucoup plus au sérieux, en ces temps de bouleversements historiques. Quarante-cinq recommandations spécifiques sont proposées pour atteindre l'objectif, groupées comme suit sous quatre rubriques, Infrastructure des politiques nationales et supranationales, Institutions de l'Union, Enseignement et apprentissage des langues et Recherche. Ces propositions concrètes rassemblent la plupart des arguments de ce livre en un plan cohérent pour faire évoluer la politique linguistique en toute connaissance de cause. Des intérêts nationaux et globaux sont en jeu. Un pilote de la politique linguistique est nécessaire. Une politique volontariste des langues peut éviter une Europe totalement anglo-américaine.


5. Ces mentions apparaissent sur la couverture.

La mondialisation et l'élargissement de l'UE signifient que les langues de toute l'Europe se trouvent plus qu'auparavant confrontées les unes aux autres. Ce livre clairvoyant dresse un rapide tour d'horizon des questions politiques, culturelles et économiques que nous allons tous rencontrer et j'espère que les décideurs en tiendront compte dans leurs choix de politique linguistique.

Neil Kinnock, Vice-Président de la Commission européenne

Un livre important et venant à propos, contenant une profusion d'idées précieuses et de grande portée sur les réalités de terrain concernant la politique linguistique en Europe. Le livre est attrayant et plaira à de nombreux lecteurs.

Joseph Lo Bianco, Directeur, Language Australia: The National Languages and Literacy Institute of Australia.


Une lecture absolument requise, si nous voulons prévenir la catastrophe linguistique dans une Europe qui s'anglicise rapidement.

Dafydd ap Fergus, Secrétaire Général de l' Union Européenne de'Espéranto.

                                         

6. Au sujet de l'auteur

Robert Phillipson est Professeur à la Faculté des Langues, chef du département des langues et de la culture, à l'École de commerce de Copenhague. Voyez également une de ses publication sur le même sujet.

 



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